Le Défi du seau d’eau glacée à l’œuvre pour la recherche

La bourse d’équipe translationnelle Arthur J. Hudson a été lancée le 3 mai 2014 lors du Forum de la recherche de la Société canadienne de la SLA. Les personnes intéressées avaient jusqu’au 1er juillet 2014 pour poser leur candidature au concours inaugural. Ce nouveau programme de bourse vise à financer des équipes de chercheurs canadiens afin d’accélérer le passage des idées du laboratoire à la clinique, dans l’espoir de contribuer au développement de nouveaux traitements contre la SLA. Il s’agit de la pierre angulaire du programme de recherche de la Société canadienne de la SLA qui met l’accent sur le passage du laboratoire au chevet du patient. Pour la toute première fois, la Société canadienne de la SLA, en partenariat avec la Fondation Neuro Canada, a fait appel à un panel international d’évaluation par les pairs comprenant sept experts de la SLA européens et américains de divers domaines allant de la recherche fondamentale à la recherche clinique. Celui-ci s’est réuni à Toronto en novembre dernier afin de choisir la crème parmi les excellents projets soumis.

La Société de la SLA du Canada a annoncé que l’équipe du Dr Lawrence Korngut, MD, de l’Université de Calgary, s’est vu décerner  la première bourse d’équipe translationnelle Arthur J. Hudson. L’équipe comprend notamment le Dr Lorne Zinman, MD, du Sunnybrook Health Sciences Centre et de l’Université de Toronto. Ensemble, ils entreprendront un « Essai clinique randomisé de la pimozide chez des patients atteints de SLA », une étude de phase II à laquelle participeront 100 patients répartis dans 8 cliniques de la SLA à travers le Canada.

Cet essai, dirigé par le chercheur principal du Canadian Neuromuscular Disease Registry (CNDR) et le Réseau canadien de la recherche sur la SLA (CALS), portera sur l’efficacité de la pimozide pour ralentir la progression de la SLA. Il s’agit d’un médicament déjà approuvé par Santé Canada pour traiter les psychoses comme la schizophrénie et le syndrome de la Tourette. La pimozide est particulièrement efficace pour stabiliser la fonction neuromusculaire, ce qui veut dire qu’elle peut renforcer la liaison entre le motoneurone et le muscle (appelée jonction neuromusculaire ou JNM). On espère qu’en renforçant cette liaison, la transmission des signaux du cerveau aux muscles sera préservée et que la paralysie causée par la SLA sera ralentie.

Cette bourse financera aussi la validation d’un biomarqueur au fort potentiel. Les biomarqueurs permettent de surveiller le corps (par exemple, chercher quelque chose dans le sang ou faire un examen physique précis) pour diagnostiquer de façon précoce la SLA, sélectionner les patients pour un essai ou jauger l’efficacité d’un traitement. Au cours des dernières années, les chercheurs de la SLA ont mis l’accent sur les biomarqueurs d’essais cliniques qui confirment que le médicament a l’effet voulu chez l’humain. Sans cette information, il est impossible de déterminer si un traitement expérimental contre la SLA fonctionne ou non en agissant sur la fonction corporelle visée par les scientifiques. Par exemple, on croyait que le médicament dexpramipexole, de Biogen, qui a fait l’objet d’un essai clinique de phase III en 2012, améliorait la fonction des mitochondries, responsables de produire l’énergie dans les cellules. Or, le dexpramipexole n’est pas parvenu à ralentir la progression de la SLA, mais, à défaut de test, il a été impossible d’avoir recours à un biomarqueur pour déterminer si cet échec était dû à la fonction des mitochondries.

Dans les cliniques de la SLA, les neurologues utilisent une procédure qui leur permet de stimuler les motoneurones d’un patient afin d’évaluer leur capacité à déclencher la fonction musculaire. Depuis des décennies, les neurologues ont observé que la stimulation répétitive des motoneurones provoque une diminution de la réponse des muscles chez de nombreuses personnes atteintes de la SLA (réponse décrémentielle). On suppose que cela serait attribuable à la mauvaise connectivité et à la mauvaise transmission au niveau des JNM au fur et à mesure que les motoneurones dégénèrent. Puisque la pimozide renforce ou rétablit la JNM, l’équipe du Dr Korngut déterminera si cette réponse décrémentielle peut servir de biomarqueur pour recruter des patients susceptibles de bénéficier de la pimozide et vérifiera si la pimozide agit comme on le suppose afin qu’un résultat positif ou négatif relatif à la SLA puisse être correctement interprété. Si la pimozide ralentit en effet la progression de la SLA, on saura si cela est attribuable à la connectivité des JNM.

« Cette partie du projet est particulièrement intéressante, car le Dr Korngut évaluera l’efficacité du biomarqueur dans une petite étude clinique sur la pimozide déjà en cours à l’Université de Calgary », affirme le Dr David Taylor, Directeur de la recherche à la Société canadienne de la SLA. « Si le biomarqueur fonctionne, il pourra aussi être utilisé pour recruter les individus qui sont les plus susceptibles de répondre au traitement à la pimozide pour participer à l’essai clinique financé par la bourse Hudson qui comptera 100 patients répartis à travers le Canada ».

De plus, le projet mettra en relief l’infrastructure exceptionnelle de la communauté canadienne de la recherche sur la SLA. Dirigé par le Dr Korngut, le CNDR est une plateforme novatrice qui organise l’information sur les patients pour faciliter la recherche clinique. Il est souvent reconnu comme étant l’un des registres de la SLA les mieux organisés au monde. Au cours de cet essai, le CNDR permettra de recruter efficacement les participants, de mieux gérer les données et d’améliorer le suivi des participants une fois l’étude complétée. Par ailleurs, le CALS, dirigé par le Dr Zinman, est un réseau incorporé comptant 15 cliniques universitaires multidisciplinaires de la SLA à travers le Canada. Ensemble, le CNDR et le CALS misent sur une infrastructure optimale pour entreprendre et mener à terme des essais cliniques d’une façon unique au Canada.

L’étude de la pimozide en clinique constitue la prochaine étape d’une série de projets ayant été développés depuis plusieurs années. La pimozide a été identifiée pour la première fois comme traitement potentiel contre la SLA dans les laboratoires canadiens du Dr Pierre Drapeau, du Dr Alex Parker et du Dr Richard Robitaille de l’Université de Montréal au moyen de modèles génétiques de poisson-zèbre, de ver et de souris. Ces individus sont des pionniers du concept d’équipe translationnelle au Canada. La Société canadienne de la SLA et la Fondation Neuro Canada ont la chance de soutenir la première étude clinique d’importance menée par ce pipeline visionnaire. Nous suivrons avec grand intérêt les progrès de cette étude. La Société canadienne de la SLA entend augmenter les occasions offertes aux Canadiens atteints de SLA de participer à des études cliniques portant sur de nouvelles thérapies expérimentales prometteuses. La première bourse d’équipe translationnelle Arthur J. Hudson représente une telle occasion. Elle jettera aussi les bases pour de futures études cliniques au Canada.